L’évolution des locaux d’entreprise : Orange Lannion comme beaucoup de sites fait l’objet d’une transformation de son aménagement et de son bâti. Pour des raisons de coûts, l’entreprise fait le choix de généraliser les espaces partagés imposant une uniformisation des espaces de travail. Ayant travaillé et apprécié ce qu’on appelle aujourd’hui des open space à une période de ma vie, je sais également que la diversité des activités et des périodes de vie rend nécessaire une diversité des espaces de travail : bureau individuel, bureaux partagés à 2, espaces partagés. L’entreprise, pour des raisons de coûts (l’immobilier est identifié comme le second gisement d’économie après les salaires) dénie cette diversité et monte les salariés les uns contre les autres, les activités les unes contre les autres, les générations les unes contre les autres en imposant un mode d’occupation d’espace unique modulable à la marge. Un faux débat s’instaure : pour ou contre les espaces partagés ; or le bureau individuel et l’espace partagé ne sont pas bien en soi mais répondent à des périodes de vie et à des activités des personnes ; les opposer n’a aucun sens, c’est pourtant ce que fait l’entreprise en ne choisissant que le mode de l’open space.. Je sais personnellement que travaillant en Recherche, nous avons besoin de calme pour mener notre activité ainsi que d’un important espace bibliothèque pour les ouvrages et articles à imprimer (à plus de 50 ans et la lecture sur écran fatigue de plus en plus). Ces contraintes de travail sont incompatibles avec un espace partagé à moins que celui-ci ne soit complètement silencieux… et en même temps, disposer de moments de pause et d’échanges ponctuels m’est aussi nécessaire.
Les entreprises qui développent les espaces partagés comptent sur le développement parallèle du télétravail : en clair, si les espaces partagés ne permettent pas la concentration ou la confidentialité, les salariés se reportent sur le télétravail à domicile. On passe du télétravail vu comme faveur ou avantage donné par l’entreprise au salarié à une intégration implicite du télétravail dans l’organisation et l’économie de coût de l’entreprise. Si le télétravail amène des avantages (moins de transport, environnement parfois plus favorable de travail), il reporte aussi sur le salarié les coûts de l’entreprise : en favorisant le télétravail, l’entreprise peut dans certains cas jouer le flex desk et donc prévoir 7 postes de travail pour 10 salariés. Il faut donc dès à présent que le télétravail donne lieu à un partage des économies réalisées par l’entreprise : en effet, tout le monde n’a pas une pièce chez soi tranquille sans enfants dans les pattes par exemple. Personnellement, où vais- je travailler au quotidien? Vais-je prendre un studio en ville pour avoirr à disposition ma bibliothèque et pouvoir travailler au calme? Il faut ré-ouvrir l’accord sur le télétravail pour y introduire une vraie indemnisation du salarié qui travaille chez lui non plus à sa demande mais cette fois parce que les conditions de travail ne lui permettent plus de se concentrer. Et c’est là un choix de l’entreprise. Actuellement, l’indemnité annuelle est de 100 euros pour le télétravail chez Orange.. Cela est il cohérent avec le prix des loyers annuels des logements?
Autre point : le télétravail et la diminution des espaces effectifs alloués aux postes de travail (moins d’un poste de travail par salarié) conduisent à diminuer la Contribution Économique territoriale (CET) de l’entreprise… Or par exemple un auto-entrepreneur est la seconde année soumis à cette CET… Il semble en revanche que le télétravail n’y soit pas soumis. Les entreprises semblent s’engouffrer dans ce no man’s land fiscal au détriment du financement des collectivités locales et au final… du citoyen. Est-ce que la Direction Générale des Impôts a pris conscience de cette faille potentielle ? Il convient donc là aussi d’envisager le télétravail comme accompagnement de la diminution du ratio poste de travail par salarié d’un point de vue fiscal. Car au final, c’est en tant que salarié puis en tant que citoyen (baisse des ressources locales) que l’évolution de l’espace de travail vers les espaces partagés systématisés risque très fortement de me pénaliser…
François Coldefy
Orange
